Le vol des corbeaux – ou la science des relations à l’oeuvre.

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Rook Tree, 1999, Nat Morley

Ce billet fait suite à plusieurs questions à propos de deux concepts de la pédagogie Charlotte Mason: l’inactivité magistrale, et la « science des relations ». Je vais tenter de les illustrer par ce petit récit en guise d’exemple.

Cela faisait plusieurs semaines que sur le parcours qui l’amène à ses cours de musique, mon fils observait d’impressionnants groupes de corbeaux (ou tout du moins des corvidés). C’était toujours au moment du crépuscule. Les oiseaux volaient haut dans le ciel et tous dans la même direction. Il les a d’abord observé silencieusement à l’arrière de la voiture, puis sont venues des interrogations: Ils se dirigent tous vers le sud-ouest, me disait-il, pourquoi? Migrent-ils? Ce ne sont pourtant pas des oiseaux migrateurs. Et en plus ce n’est pas la bonne direction… Sentant qu’il n’attendait pas forcément que je lui réponde, j’ai laissé ses questions en suspend.

Souvent, notre premier réflexe serait de nous jeter sur l’ordinateur dès le retour à la maison pour interroger Google et de servir à l’enfant des réponses toutes faites sur les agissements de ces oiseaux, allant bien souvent au-devant des questions que l’enfant s’est posé. Mais que se passerait-il si nous reculions de trois pas afin de laisser notre enfant faire ses propres hypothèses à partir de ce qu’il sait déjà, d’assembler ses connaissances tels des morceaux de puzzle afin d’arriver à une image, une réponse plausible à ses interrogations? Que découvrirait-il si on lui laissait le temps d’explorer ce qui lui semble important, d’y réfléchir par lui-même?

C’est un processus fascinant à observer, je trouve.  Les enfants dévoilent souvent soudain des choses que l’on ignorait qu’ils savaient. On se rend compte de ce qui les a marqué dans nos études, ce qu’ils ont retenu de leurs lectures, de nos sorties et voyages etc. et des liens qu’ils tissent entres ces différents vécus. Et cela permet de prendre conscience de la valeur d’une éducation riche et variée telle que la prône Charlotte Mason!

Mon fils m’a d’abord parlé de quelques détails d’un documentaire sur les pigeons regardé des mois auparavant. Puis les corbeaux lui rappelaient les nuées de moineaux qui élisent domicile dans notre tilleul à la tombée de la nuit en été. Et enfin, un souvenir plus lointain lui est venu: les Aras et les perruches que nous avions pu observer au Brésil et qui se comportaient de façon tout à fait similaire au crépuscule, ils regagnaient leurs dortoirs à la cime des arbres! Et voilà que la réponse lui est venue: les corbeaux qu’il observait se rassemblent aussi pour regagner leurs arbres dortoir, quelque part sur le flanc de la montagne.

Quelle satisfaction pour lui quand j’ai confirmé son hypothèse! Effectivement, en hiver, les corvidés se rassemble sur des « dortoirs » parcourant parfois des kilomètres pour se regrouper, s’assurant ainsi une meilleure protection contre les prédateurs.

Dans le cadre de l’instruction, l’inactivité magistrale, c’est donc cet espace que l’on crée pour l’enfant. Il ne s’agit pas de le laisser dans le noir ni de laisser-faire. C’est plutôt une histoire de confiance que l’on a en ses capacités. Une confiance réciproque puisque l’enfant sait que nous sommes toujours là à ses cotés, en toutes circonstances, et cela malgré notre retenue. C’est dans cet « espace » qu’on lui crée, qu’opère la « science des relations »: le tissage par l’enfant lui-même des liens entre ce qu’il apprend, vit, voit, entend…

 

D’autres articles sur l’inactivité magistrale:

L’inactivité magistrale – I : L’enfant et la Nature

L’inactivité magistrale – II: Le pêcher et la porteuse d’eau…

3 réflexions sur “Le vol des corbeaux – ou la science des relations à l’oeuvre.

  1. Très pertinent ! Laisser l’espace nécessaire, adapté à l’enfant…sous-entend également selon moi, que le parent en a la maîtrise, qu’il y pose des limites, c’est un espace circonscrit par ses soins ; ce n’est pas un vide abyssal pour un enfant livré à lui-même. C’est très différent pour moi! Nous prenons là toute la mesure de l’investissement et de l’engagement du parent ; de la réflexion qu’il a à mener sur la capacité de réflexion de son enfant, sur le rythme et les besoins de l’enfant, sur la juste quantité d’informations /recherches qu’il doit lui fournir et à quel moment. C’est un travail de pédagogue, de transmission forte.

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  2. Belle réflexion que je suis ravie de lire.
    Pour moi, elle s’inscrit également dans le respect de la dimension de personne qu’est l’enfant, même si, par beaucoup de côtés, c’est un potentiel en devenir. Mais, justement, ce potentiel ne peut éclore pleinement que si on lui laisse cet espace.

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