IEF, sport-étude, confinement… Notre folle année

Que ça fait longtemps que je n’ai pas publié de billet ici! L’été dernier, je vous racontais qu’il allait y avoir du changement dans notre vie dû au fait que Rose allait devenir la plus jeune recrue de la section sport-étude de son club de patinage… Il est très vite devenu apparent que j’avais beaucoup sous-estimé les chamboulements que notre décision allait provoquer pour notre vie familiale et le niveau d’abnégation qu’elle me coûterait!

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Septembre – Octobre

Finit nos journées paisibles. Elles commencent désormais à 5h45 pour un premier entraînement à 7h. Mes journées sont entièrement rythmées par les allers-retours des activités sportives et musicales de mes enfants. Rien que pour le patinage, je parcours plus de 70 km par jour. Les horaires de travail et les contraintes de co-voiturage ne permettent pas à mon mari de prendre en charge ces nombreux trajets. Par chance il ne travaille pas le mercredi, c’est devenu mon jour de repos relatif, je m’octroie un cours de pilates. Les jeudis, entre deux entraînements et le cours de violon, je confie les enfants à leur grand-père pour le déjeuner et vais me défouler à mon deuxième rendez-vous sportif de la semaine.

Je dois rapidement mettre en place une sacrée logistique pour ne pas me noyer côté maison, notamment: repas, courses, linge, ménage… Le moindre retard pris me rajoute un stress supplémentaire. Il regne de plus en plus souvent un bazar sans nom dans la maison, je déteste ça, mais j’essaye de lâcher prise.

Gérer une petite sportive demande aussi de la rigueur: il faut être ponctuel, elle doit dormir au minimum 10h par nuit, il faut donc manger tôt, il faut gérer le matériel, les rendez-vous paramédicaux, s’assurer qu’elle mange assez en temps et en heure… Je n’ai encore jamais été aussi organisé de ma vie, parfois je ne me reconnais pas! Les vacances? Je ne connais plus. Car même si le rythme se calme et que les horaires s’améliorent, les entraînements ne s’arrêtent pas en période de vacances scolaires. Je dois me discipliner pour assez dormir moi-même, sinon c’est la cata le lendemain. Dur dur pour une nocturne comme moi…

Côté nutrition, les effets du régime GAPS continue à m’encourager. Il est hors de question que je gâche tous mes efforts en arrêtant maintenant! Alors même si je ne suis plus aussi stricte qu’au début et que je fais de plus en plus d’exceptions faute de courage, on continue le tout fait maison. C’est chronophage mais ça en vaut la peine…

Novembre

Je commence à fléchir. À quoi tout cela rime-t-il?! Je n’y trouve pas de sens. Ni à ce sport, ni aux exigences imposées à ma fille, ni aux compétitions qui rythmeront bientôt nos week-ends en venant s’ajouter à ceux de son frère. Ce n’est pas comme si je m’investissais pour la préparer à une longue et lucrative carrière comme peuvent l’offrir certains sports. Non, pour elle tout va se jouer dans les dix prochaines années. Et à quel prix! Je me mets en mode pilote automatique pour ne pas envoyer tout valser.

Côté ief, je dois me rendre à l’évidence: je n’ai pas assez bien préparé mon année en amont. J’ai de plus en plus de mal à jongler entre le niveau CE1 et 6ème. L’improvisation constante m’angoisse. En même temps je me rends compte que mes efforts durant les années passées payent: mes enfants suivent une routine, sont de plus en plus autonomes. Louis, qui se retrouve souvent seul désormais, peut travailler en mon absence, me seconder pour les soins aux animaux, la gestion des repas, etc. Je béni les méthodes de Mason. Lectures autonomes, livres audio et la narration deviennent mes bouées de sauvetages! À la maison, dans la voiture, en attendant son frère ou sa sœur, nous pouvons « travailler » partout tant que nous avons de bons livres…

Décembre

Je n’en peux plus. J’ai l’impression de n’être plus qu’un chauffeur-gestionnaire domestique. Je passe des heures dans les bouchons aux heures de pointe à m’arracher les cheveux. Quid de mes projets personnels, d’autosuffisance, de rucher, de vie simple,…? J’attend Noël avec impatience, c’est décidé, les enfants iront chez ma mère pendant 10 jours, au diable l’entraînement! Et moi je ne ferai rien, rien du tout à part me livrer à une bonne introspection.

Alors, pourquoi je me donnait autant de mal pour une cause qui m’importe si peu? Pourquoi risquer notre équilibre familial, m’ajouter une charge mentale énorme – sans parler du budget qui explose? N’étais-je pas déjà assez « maso » en ayant choisi l’ief? Qu’est ce qui me poussait à mettre en sourdine mes convictions personnelles et de m’imposer cette charge? La réponse je la connaissais déjà bien.

C’est mon enfant qui m’obligeait. Elle m’obligeait de part sa force de caractère, sa ténacité. Depuis le premier jour, elle se lève tôt sans jamais rechigner, se force à manger un petit-déjeuner (inédit pour elle!). En moins de de 40min, elle est habillée, nourrie, lavée, coiffée, prête à partir. Du haut de ses 7 ans, elle se soumet à toutes les séances de glace, préparation physique, souplesse, danse, expression, sans complainte. Elle est sérieuse et appréciée par ses coachs et camarades.

J’ai envie de tout arrêter, mais je n’ai pas le courage de lui enlever sa passion, de lui gâcher cette opportunité unique. Sa rigueur force notre admiration. Elle, notre petite farfelue qui ne tenait pas en place s’est soudain épanouie dans ce cadre hyper rigide! Tout l’enchante: les paillettes, les galas, faire partie d’un groupe d’enfants, les compétitions…

Je vis un dilemme.

Quels sont alors mes options si je ne veux pas devenir maboule?

Arrêter l’ief à la rentrée prochaine? Nous savons que cela nous briserait le coeur d’abandonner ce mode de vie qui nous est si cher. Mais il est vrai qu’une place attend Rose dans la classe de ses camarades dès la rentrée prochaine. L’école est à 50m de la patinoire. J’aurais juste à la déposer le matin à 7h, et venir la récupérer à 17h. Cette option semblait attractive pour elle au départ, mais plus nous découvrons la vie de dingue des petits sportifs de haut niveau scolarisés, moins cela nous donne envie de sauter le pas… Bien qu’elle se soit parfaitement adaptée aux exigences et à la disciple de son sport, je tiens à ce qu’elle ait ses moments de repos, de jeux et d’insouciance que lui offre le cadre familial. Nous avons donc désormais trop peur de briser notre enfant en nous dirigeants vers cette option.

Arrêter le haut niveau? Elle pourrait bien sur réintégrer les cours « normaux » de son club, tout en participant à quelques compétitions départementales et régionales. C’est envisageable mais problématique: son niveau de patinage a tellement évolué qu’il ne correspond plus aux groupes de son âge alors que sa petite taille ne lui permet pas de participer aux cours des grands. Ses coachs nous assurent également que ce serait un grand gâchis…

Se servir des transports publiques pour réduire mes trajets? Il y a effectivement un bus qui passe devant chez nous, qui déposerait Rose à 300m de la patinoire. Il faut pour cela qu’elle traverse toute la ville, en 40min, contre 20min en voiture – quand ça roule bien. Mais elle est encore trop petite, m’assure mon entourage. Qu’en pensez-vous? A quel âge un enfant peut-il se rendre seul à son activité? C’est en tout cas une option envisageable pour les années à venir!

Non, vraiment, il n’y avait pas de solution miracle. Il fallait je me retrousse les manches! Mais en adaptant certaines choses pour me préserver un peu.

Janvier

J’y retourne donc. Mais je fais moins d’aller retours désormais, au grand damne de Louis qui se réveille seul dans une maison vide encore plongée dans le noir. Ça le terrorise, je le sais. Je le réveille par téléphone tout les matins et je me console en sachant qu’il peut toujours se réfugier chez son grand-père pour prendre son petit-déjeuner avant de s’occuper des animaux… Je re-découvre les joies d’être au calme le matin (même si c’est dans ma voiture…), de lire, boire une tisane, me promener au levé du jours, écouter la radio, préparer l’ief, enfin m’occuper utilement pendant que Rose s’entraîne. Au retour, je prend 15-20mn pour faire mon lit, mettre en route un repas, enclencher une machine, vider le lave-vaisselle, tout ce qui peut m’avancer dans la journée. Puis nous nous rassemblons à 9h pour lire ou écouter une histoire, c’est ainsi que commence notre temps d’instruction.

J’ai simplifié au maximum nos menus, sans abandonner mes objectifs nutritionnels: petit-déjeuner unique, soupes, potages, plats mijotés, tous ce qui peut se cuire « tout seul » y figure en première place! Ma famille se garde bien de rouspéter…

Février

On continue. Il n’y a plus un week-end de libre…

Parallèlement, nous vivons l’hiver le moins hivernal de toute notre vie! Sans neige, sans ski, sans luge. C’est bien triste, angoissant carrément.

Côté santé et nutrition je me félicite: nous jouissons tous d’une santé exceptionnelle, personne n’a été malade depuis plus d’un an, alors même que nous n’avons jamais été autant en contact avec le monde extérieur.

Je reçois la convocation pour le contrôle d’instruction pour Louis. Ce sera notre sixième contrôle, mais le premier niveau collège. Je gère très mal les situations qui me sont inconnues. J’essaie de me calmer, mais c’est plus fort que moi, je me met un stress terrible à l’approche de ce contrôle.

Mars

Je me motive pour faire quelques semis à l’intérieur. Je m’offre un amandier et une vigne pour l’accompagner.

9 mars, 8h15, jour de rentrée sur fond de crise sanitaire, nous sommes attendu au collège pour le contrôle pédagogique. Je me retrouve face à un inspecteur des plus scolaires, avec mon mari comme soutien. Je fini par me ressaisir et tiens le cap. Louis, admirable, choisit « d’affronter » seul les conseillers pédagogiques. Une heure plus tard, nous avons finit. Louis est très content, il s’en est très bien sortit, pense-t-il. Nous verrons bien. Peut-être que je vous raconterai cet épisode plus en détail une autre fois…

Je reçois la convocation pour le contrôle pédagogique de Rose, c’est prévu pour le 17 avril avec le conseiller pédagogique qui nous suit depuis la deuxième année de notre aventure. Je suis sereine cette fois-ci.

Quelques jours plus tard, nous étions arrêtés net dans notre course folle. Confinés.

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Avril

Quelle aubaine ce confinement! Oui, je sais ça peut paraitre un peu fou ce que je dis au vu des circonstances, mais nous le vivons vraiment bien. Il a fait très beau les premiers 15 jours, avec des températures allant au delà des 18°. Mon jardin potager tant rêvé a pu reprendre forme grâce à mon mari chômeur technique. Et nous avons enfin pu nous consacrer entièrement à notre projet d’apiculture: deux magnifiques ruches attendent nos premiers essaims! Nous avons fait des centaines de semis, planté nos boutures, enfin bref, nous sommes très actifs (et un peu bronzés, déjà). Nous nous sentons plus que jamais bénis d’être en famille, en bonne santé, d’avoir de l’espace, des poules, un grand jardin…

En tant que famille ief, notre quotidien ne se retrouve pas complètement chamboulé, si ce n’est que papa est désormais de la partie. Pour les repas, cela ne change pas grand chose pour moi, et je faisais déjà mes courses qu’une seule fois par semaine…

Et si vous vous demandez ce que font les petites patineuses confinées, et bien elles s’entrainent, encore et toujours! 50min de préparation physique quotidienne, et 30min de souplesse et danse, avec suivi téléphonique ou visio des coachs.

Nous n’avons ni télé, ni réseaux sociaux ce qui, à mon avis, n’est pas une mauvaise chose en ces temps anxiogènes. Nous nous informons régulièrement, essayons de ne pas (trop) nous inquiéter de la perte de salaire de mon mari, prenons soins de papi, tout en continuant à vivre et tirer le meilleur de cette situation complètement inédite, en attendant des jours meilleurs…

14 réflexions sur “IEF, sport-étude, confinement… Notre folle année

  1. Bonjour Sara, quel plaisir de lire de vos nouvelles.
    Je me doutais bien que tu avais un rythme plus que soutenu! Bravo à toi et à ta fille, et profitez bien de ce répit.

    …Tu nous diras ce que vous avez lu/lisez en ce moment?

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    1. Merci Séverine 🙂
      Quelques références pelle mêle: L’histoire sans fin en coffret de 12 (!) Cds en allemand, Les frères coeur-de-Lion, Christophe Colomb par Jules Vernes, Les abeilles de J. Streit, En sillonnant l’Arctique de G.J Tranter, Contes et légendes de la Naissance de Rome… J’essayerai de revenir sur certains plus en détail si tu veux.

      Aimé par 2 personnes

  2. Coucou sara !
    C est un vrai plaisir d’avoir de tes nouvelles.
    Quel courage pour ta petite 7 ans ! Et vous tous du coup.

    Bon confinement.. bonne pause… bon retour au calme…

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  3. Quelle joie de te lire de nouveau !
    Ah c’est une sacrée aventure ce sport étude ! Mais en effet ta puce semble déterminée, ça force le respect.
    Je me retrouve tellement dans tes choix de vie et souhaits…
    Bon courage, tour gérer de front n’est jamais simple, j’en sais qqch aussi, mais rien ne vaut la qualité de vie…rien ne remplace ça.
    Merveilleux pour les ruches, hâte de suivre cette aventure aussi !
    Profitez bien du soleil en famille, c’est ce qu’on fait ici 💕

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    1. Merci de me lire Estelle. Je ne m’étais pas rendue compte à quel point cela m’avait manqué…
      On a trop hâte d’avoir nos abeilles. Je songe parfois à créer un autre blog pour raconter nos aventures non liées à l’ief…

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      1. Tout est lié à l’IEF, surtout quand elle est « Masonnienne »…non?

        Si tu ouvres un nouveau blog, j’y cours, mais vos aventures auraient sûrement leur place ici, non?

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  4. Salut Sara,
    Contente d’avoir de tes nouvelles!!!
    Je me réjouis d’en apprendre plus sur vos ruches, la mise en place des essaims etc… ça va être passionnant!
    Je t’embrasse ainsi que tes petits loups!

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    1. Maryam! Vivement que nous puissions à nouveau nous déplacer librement pour pouvoir se revoir avec les enfants!
      Monsieur c’est vraiment donné beaucoup de mal avec les ruches, le résultat est prometteur. Nous espérons juste pouvoir trouver des essaims malgré le confinement…

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  5. Contente de te lire ! Je vois que je ne suis pas la seule a apprécier le confinement… Enfin surtout le changement de rythme.
    Mon grand allait au sport les lundi, mardi, vendredi. Mercredi en option (que je zappais volontairement avec plaisir lorsque cela était possible). Mon moyen le mercredi. Mon petit le mardi. Moi le lundi. Et le vendredi matin c’était orthophoniste pour les 2 grands en début d’année scolaire puis le grand a terminé ses séances, et le petit a prit la relève dès fin décembre avec toujours les séances du moyen. Le vendredi toujours, à 16h30 je donnais un cours de soutien.
    J’ai reçu le même jour un mail du sport du grand et du soutien me disant que c’était annulé pour cause de confinement en cours. Le lundi j’ai eu les annulations des deux autres sports et de l’orthophoniste. Avec soulagement j’avoue, parce que j’avais besoin d’une pause.
    Depuis, nous jardinons, nous profitons du beau temps, nous nous relaxons et nous nous instruisons sans stress… Sans oublier pour autant les circonstances qui ont fait ce confinement mais nous ne le vivons pas si mal…

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